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Boire de l'eau de mer : quel impact sur le corps ?
Dangers réels, plasma marin Quinton et mythes : analyse scientifique complète avec sources PubMed
6 février 2026 par | Aucun commentaire pour l'instant
Eau de mer méditerranéenne turquoise — dangers et minéraux pour le corps

Un litre d'eau de mer contient 35 grammes de sel. Six fois la dose maximale que l'OMS recommande pour une journée entière. Pourtant, des millions de Français consomment chaque année du « plasma marin » en ampoules, convaincus de ses bienfaits. Entre les naufragés qui en meurent et les naturopathes qui en prescrivent, la vérité se situe quelque part — et elle est plus nuancée qu'on ne le croit.

Cet article passe au crible les dangers réels, les bienfaits supposés et les preuves scientifiques disponibles en 2026. Avec des sources PubMed, des données chiffrées et zéro concession aux mythes.

📌 En bref

L'eau de mer pure provoque une déshydratation par osmose — le corps perd 200 mL d'eau pour chaque litre bu. Le plasma marin Quinton n'a aucun essai clinique publié. Seule l'irrigation nasale est validée par la science. Pour les minéraux marins, les jus frais pressés offrent magnésium et potassium sans le sodium toxique.

Que se passe-t-il quand on boit de l'eau de mer ?

La réponse tient en un chiffre : 1 000 contre 1 200.

L'eau de mer a une osmolalité de 1 000 mOsm/kg. Les reins humains peuvent concentrer l'urine jusqu'à 1 200 mOsm/kg au maximum. La marge semble suffisante. Elle ne l'est pas.

Pour excréter le sel contenu dans un litre d'eau de mer, les reins doivent produire environ 1,2 litre d'urine. Le calcul est simple : vous buvez un litre, vous en perdez 1,2. Résultat net : moins 200 millilitres d'eau à chaque litre ingéré.

C'est le paradoxe de l'osmose. Plus vous buvez, plus vous vous déshydratez. La vasopressine (hormone antidiurétique) tente de compenser en réduisant la production urinaire, mais elle ne peut pas contrecarrer la charge osmotique du sodium. Résultat : vous restez déshydraté malgré la soif intense.

La cascade de l'hypernatrémie

Le sodium en excès (10 780 mg par litre, soit 539 % des apports recommandés) s'accumule dans le sang. Par pression osmotique, l'eau sort des cellules pour tenter de diluer ce sodium. Les cellules se rétractent. Le cerveau, particulièrement sensible, est le premier organe touché.

Les symptômes progressent vite : confusion, convulsions, coma. En soins intensifs, l'hypernatrémie tue entre 40 et 60 % des patients (Arora, 2011, Journal of Intensive Care Medicine). Chez les naufragés, ceux qui boivent l'eau de mer ont un taux de mortalité de 39 %, contre 3 % pour ceux qui s'abstiennent.

Populations à risque

Après 60 ans, la capacité rénale de concentration diminue d'environ 20 % — de 1 200 à 960 mOsm/kg (Taffet et al., 2014, Clinical Interventions in Aging). La marge de sécurité disparaît. Les nourrissons et les insuffisants rénaux sont dans la même situation : leurs reins ne peuvent pas gérer cette charge en sel. Pour ces populations, l'hydratation par des jus riches en minéraux reste la voie la plus sûre.

Les chiffres de l'eau de mer : minéraux et sodium

L'argument le plus fréquent des partisans de l'eau de mer : « Elle contient 78 oligo-éléments essentiels. » C'est vrai. Mais voici ce que cet argument omet :

Élément Par litre % des apports recommandés Verdict
Sodium 10 780 mg 539 % Toxique
Chlorure 19 350 mg 624 % Excessif
Magnésium 1 284 mg 342 % Diarrhée osmotique probable
Calcium 412 mg 51,5 % Acceptable, isolément
Potassium 399 mg 11,4 % Insuffisant pour une allégation santé

Le magnésium est bien là — à 342 % des apports journaliers. Mais il est piégé derrière un mur de sodium à 539 %. Le bon minéral, noyé dans un verre de poison.

Le mythe « eau de mer = sang humain »

René Quinton, en 1897, a popularisé l'idée que l'eau de mer avait la même composition que le plasma sanguin. Les concentrations réelles disent autre chose : 33 g/L de sel dans l'eau de mer, contre 9 g/L dans le sang. Le rapport est de 3,7 pour 1.

L'expérience de Quinton — remplacer le sang d'un chien par de l'eau de mer isotonique diluée à 9 g/L — a fonctionné précisément parce qu'il a dilué l'eau de mer. Pas parce qu'elle était naturellement compatible.

Plasma marin et Quinton : du médicament au complément alimentaire

L'histoire du plasma marin Quinton est plus révélatrice que ses allégations actuelles.

L'histoire commence en 1897. René Quinton remplace le sang d'un chien par de l'eau de mer diluée. L'animal survit. Succès médiatique immédiat. En 1934, son produit entre au Vidal — la bible des médicaments en France — comme médicament injectable. Consécration officielle.

Puis, entre 1975 et 1982, l'AMM est retirée. Non pas pour danger, mais parce que l'efficacité n'a jamais été prouvée selon les standards modernes. Le Quinton est reclassé en complément alimentaire.

Depuis, silence radio. En 2026, aucun essai clinique randomisé (RCT) sur l'ingestion orale de plasma marin n'a été publié dans une revue à comité de lecture. Zéro. En plus de 120 ans.

Isotonique ou hypertonique ?

Le plasma marin se décline en deux versions que les vendeurs distinguent soigneusement :

  • Isotonique (dilué à 9 g/L) : osmolalité comparable au sang (~285 mOsm/kg). Contient tout de même environ 3 080 mg de sodium par litre.
  • Hypertonique (33 g/L) : eau de mer pure filtrée. Mêmes concentrations, mêmes risques.

La version isotonique est moins concentrée, mais elle n'est pas inoffensive. Pour les personnes souffrant d'hypertension, d'insuffisance rénale ou suivant un régime pauvre en sel, elle reste contre-indiquée.

La question des sources

Un détail mérite attention. Les deux principales sources d'information francophone sur le plasma marin — la Fondation René Quinton et SeMineraliser.com — sont des organisations commerciales. Elles vendent le produit dont elles font la promotion. Ce conflit d'intérêts ne signifie pas que tout ce qu'elles affirment est faux. Mais il impose la prudence.

Du côté critique, le collectif NoFakeMed (plus de 4 000 soignants) et le journaliste scientifique Julien Anso (Dur à Avaler) ont documenté l'absence de preuves cliniques.

Mythes sur l'eau de mer — 5 idées reçues passées au crible

Deep Sea Water : la seule forme avec des preuves cliniques

Il existe une forme d'eau d'origine marine qui a fait l'objet d'essais cliniques. Ce n'est pas l'eau de Quinton. C'est la Deep Sea Water (DSW) — et la distinction est capitale.

La DSW est prélevée en profondeur (200 à 1 000 mètres), puis désalinisée et rééquilibrée en minéraux. Ce n'est plus de l'eau de mer. C'est un produit transformé, dont on a retiré l'essentiel du sodium.

Ce que disent les études

Plusieurs essais cliniques, principalement conduits en Asie, montrent des résultats préliminaires :

  • Amélioration de l'indice HOMA-IR (résistance à l'insuline)
  • Réduction du cholestérol total de 18 %
  • Effet anti-plaquettaire mesuré

Pour les sportifs, une revue systématique de 8 études (PMC9657671, 2022) a montré que la DSW diluée améliore la récupération aérobie, la force musculaire et réduit les taux de lactate chez les athlètes d'endurance. Pour ceux qui cherchent une vraie stratégie pré-effort, les jus de betterave riches en nitrates sont bien mieux documentés.

Les limites — et elles comptent

Ces résultats restent préliminaires. Les échantillons sont modestes. Les populations étudiées sont quasi exclusivement asiatiques. Aucune étude ne dépasse 12 semaines de suivi. Et personne n'a comparé la DSW à une simple supplémentation en magnésium.

La DSW n'est pas de l'eau de mer. Appliquer ses résultats au plasma marin ou à l'eau de mer pure serait une erreur de raisonnement. C'est pourtant ce que font la plupart des sites qui vantent les « bienfaits de l'eau de mer ».

5 mythes sur l'eau de mer passés au crible

Mythe Réalité
« L'eau de mer a la même composition que le sang humain » Les concentrations diffèrent d'un facteur 3,7 : 33 g/L contre 9 g/L. Quinton lui-même devait diluer l'eau de mer avant de l'injecter.
« Quinton a sauvé des bébés mourants » C'était de la réhydratation, la technique standard de l'époque. La perte de l'AMM en 1982 n'est pas un complot pharmaceutique : c'est l'application des normes de sécurité modernes.
« Bombard a prouvé qu'on peut survivre en buvant l'eau de mer » Alain Bombard est arrivé à la Barbade en 1952 hospitalisé, déshydraté et anémié. Loin de valider la consommation d'eau de mer, son expérience en illustre les dangers.
« L'eau de mer détoxifie le corps » Le concept de « détox » n'est pas validé scientifiquement. Le foie et les reins assurent l'élimination des déchets métaboliques — ils n'ont pas besoin d'aide.
« En petites quantités, c'est sans danger » Le problème est le cercle vicieux. L'eau de mer stimule les osmorécepteurs, ce qui provoque la soif. On boit davantage. La déshydratation s'aggrave.
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Irrigation nasale — le seul usage validé par la science

Si l'ingestion d'eau de mer manque de preuves, un usage a été rigoureusement évalué : l'irrigation nasale.

Cinq essais cliniques randomisés convergent :

  • COVID-19 : le lavage nasal avec de l'eau de mer isotonique réduit la charge virale (de Gabory et al., 2024, PMID 38376591).
  • Rhinite allergique : un spray isotonique améliore les symptômes (Atar et al., 2022, PMID 34142567).
  • Post-chirurgie sinusienne : l'eau de mer hypertonique à 2,3 % accélère la récupération (Wang et al., 2020, PMID 32521299).
  • Enfants (n=390) : le lavage nasal isotonique réduit significativement la prescription d'antibiotiques (Slapak et al., 2008, PMID 18209140).

Le mécanisme est mécanique et osmotique : le flux d'eau saline évacue les mucosités, favorise le transport mucociliaire et « a montré un effet sur les marqueurs de l'inflammation locale » (Slapak et al., 2008).

Deux précisions essentielles. Il s'agit d'usage nasal, pas d'ingestion. Et la solution utilisée est toujours isotonique (9 g/L) ou légèrement hypertonique (23 g/L) — jamais de l'eau de mer brute à 35 g/L.

Et les bains de mer, alors ?

C'est une autre histoire. La thalassothérapie montre des bénéfices observés pour la peau — psoriasis, dermatite — et les voies respiratoires (Munteanu et al., 2019 ; Petrova et al., 2022). Mais impossible de démêler l'effet de l'eau salée de celui du climat, du repos ou du simple effet placebo. Une chose est sûre : on parle ici d'usage externe. L'océan comme soin — pas comme boisson.

Minéraux marins sans les risques : les alternatives sûres

Le magnésium, le potassium, le calcium — ces minéraux qu'on cherche dans l'eau de mer existent dans des sources bien plus sûres. Et mieux dosées.

Source Magnésium Potassium Sodium Verdict
1 L eau de mer 1 284 mg (342 %) 399 mg (11 %) 10 780 mg Ratio toxique
Quinton isotonique (1 L) 367 mg 114 mg 3 080 mg Sodium excessif
Épinard (100 g) 79 mg 558 mg 79 mg Excellent ratio
Spiruline (10 g) 19 mg + Zn, Se, Fe 104 mg Oligo-éléments marins
Persil (30 g) 15 mg 166 mg 17 mg Riche en calcium (41 mg)

La spiruline est une micro-algue d'origine marine. Elle concentre naturellement le zinc, le sélénium et le fer — les mêmes oligo-éléments que l'eau de mer, sans la surcharge en sodium.

L'épinard apporte 79 mg de magnésium et 558 mg de potassium pour 100 g, avec seulement 79 mg de sodium. Le ratio est inversé par rapport à l'eau de mer.

Le persil et le basilic figurent parmi les herbes les plus riches en calcium — respectivement 138 mg et 177 mg pour 100 g. Un minéral que certains cherchent à tort dans l'eau de mer.

Le magnésium contribue à réduire la fatigue et à une fonction musculaire normale (EFSA, sous condition d'apport ≥ 15 % de la valeur nutritionnelle de référence). Le potassium contribue au maintien d'une pression sanguine normale. Pour comprendre comment les fruits concentrent naturellement ces nutriments, c'est la biochimie végétale qui fournit la réponse.

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FAQ — Vos questions sur l'eau de mer

### Peut-on boire de l'eau de mer directement ?

Non. L'eau de mer contient 35 g/L de sel, soit six fois la dose maximale quotidienne recommandée par l'OMS. Chaque litre bu provoque une perte nette de 200 mL d'eau par osmose. Les naufragés qui en boivent ont une mortalité de 39 % (Braun et al., 2015).

Peut-on boire de l'eau de mer bouillie ?

Non. Bouillir l'eau de mer n'élimine pas le sel — au contraire, la chaleur évapore l'eau et concentre le sodium. La salinité reste à 35 g/L ou plus. L'osmolalité ne change pas. Le paradoxe osmotique reste le même : chaque litre bu entraîne une perte nette de 200 mL d'eau.

Quelle différence entre eau de mer, plasma marin et eau de Quinton ?

L'eau de mer brute (35 g/L) est toxique par ingestion. Le plasma marin Quinton est filtré, puis vendu sous forme isotonique (dilué à 9 g/L) ou hypertonique (33 g/L). C'est un complément alimentaire depuis 1982 — plus un médicament. Aucun essai clinique publié à ce jour.

L'eau de Quinton est-elle dangereuse pour la tension ?

Risque réel. Même la version isotonique contient environ 3 080 mg de sodium par litre. Elle est contre-indiquée en cas d'hypertension, d'insuffisance rénale ou de régime pauvre en sel. Consultez votre médecin avant toute cure.

Quels sont les effets secondaires de l'eau de Quinton ?

Aucun essai clinique n'a documenté les effets secondaires du plasma marin Quinton. D'après la composition, les risques incluent : diarrhée osmotique (magnésium à 342 % des apports quotidiens), élévation de la tension artérielle (sodium à 3 080 mg en isotonique), nausées et aggravation d'une insuffisance rénale. Populations à risque : hypertendus, insuffisants rénaux, personnes âgées.

L'eau de Quinton est-elle un anti-inflammatoire ?

Aucun essai clinique n'a évalué les propriétés anti-inflammatoires du plasma marin Quinton par voie orale. La Deep Sea Water a montré une modeste réduction de marqueurs inflammatoires chez les sportifs, mais c'est un produit différent (désalinisé). Pour l'inflammation, la curcumine et les oméga-3 ont bien plus de preuves.

L'eau de mer aide-t-elle contre l'eczéma ?

Par voie externe (bains, thalassothérapie), des études observationnelles montrent des bénéfices pour la peau. Par voie interne (ingestion), aucune preuve. Ne pas confondre bain de mer et boisson (Petrova et al., 2022).

Quand faire une cure de plasma marin ?

Aucune indication médicale validée. Zéro essai clinique n'a établi de « timing » optimal. Les vendeurs recommandent « en hiver pour l'immunité » ou « après l'effort » — sans preuve. Seule la Deep Sea Water a des données préliminaires pour les sportifs d'endurance. Si vous envisagez une cure, consultez votre médecin.

Peut-on remplacer un complément de magnésium par du plasma marin ?

Mauvais calcul. Le Quinton isotonique apporte environ 367 mg de magnésium, mais aussi 3 080 mg de sodium. Un supplément classique ou un jus riche en épinard apporte le magnésium sans surcharger de sodium.

Pourquoi les naufragés meurent-ils en buvant de l'eau de mer ?

Les reins ne peuvent pas concentrer l'urine au-delà de 1 200 mOsm/kg — pas assez pour éliminer tout le sel de l'eau de mer (osmolalité : 1 000 mOsm/kg). Résultat : perte nette d'eau, déshydratation cellulaire, hypernatrémie, puis défaillance des organes (Braun et al., 2015 ; Arora, 2011).

Ce qu'il faut retenir

Trois conclusions ressortent de cette analyse.

L'eau de mer pure est dangereuse. La science est unanime. Le mécanisme osmotique est connu, quantifié et non contesté. Ce n'est pas une question d'opinion.

Le plasma marin Quinton n'a aucun essai clinique. En 120 ans, personne n'a publié de RCT dans une revue à comité de lecture. Ce n'est pas un argument définitif contre le produit — c'est un constat qui impose la prudence.

Pour les minéraux marins, d'autres sources existent. La spiruline, les épinards, le persil et le basilic offrent magnésium, potassium et calcium sans la surcharge en sodium. Les mêmes minéraux de l'océan — dans un verre qui ne vous déshydrate pas.

Ces informations sont fournies à titre éducatif et ne remplacent pas un avis médical. L'eau de mer pure est dangereuse et ne doit pas être consommée. Consultez un professionnel de santé avant toute cure de plasma marin ou pour toute question relative à votre santé.

Sources :

Mis à jour le 7 février 2026 — Rédigé par Joy Juice, Antibes (Alpes-Maritimes).

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